L'ASG tient à remercier ses principaux partenaires, engagés en faveur de l'Association et de la gestion de fortune.
Julius Bär Article partenaire
LGT Article partenaire
Lombard Odier Article partenaire
UBS Article partenaire
Vanguard Article partenaire
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Banca Stato
CIC
Edmond de Rothschild
EFG
Leonteq
Pictet
Reyl Intesa Sanpaolo
Swissquote
Union Bancaire Privée

Questions adressées à Alexandre Berger
Responsable Marché Intermédiaires Suisse romande & Amériques auprès de Julius Baer

Gestionnaires de fortune et banques – l’avenir appartient au partenariat soutenu par l’IA

Qu’est-ce qui, selon vous, définit un partenariat réussi entre une banque privée et les gestionnaires de fortune ?

Un partenariat réussi repose avant tout sur une philosophie commune. Il naît d'une vision partagée : mettre le client au centre, guidé par des valeurs fondamentales telles que l’indépendance, la performance et la confiance de long terme – sans compromis.

La réussite passe aussi par la capacité à accompagner la complexité plutôt que d'imposer des modèles standardisés. C’est ce que j'appellerais une flexibilité pragmatique. Une prestation sur mesure est essentielle. Il ne s’agit pas uniquement de garde d’actifs, mais bien d’un soutien permanent, assuré par des chargés de clientèle proactifs, des rapports personnalisés et des outils digitaux intégrés qui renforcent concrètement les capacités des gestionnaires.

C’est ainsi que les relations évoluent d’un simple lien de service vers un vrai partenariat : un dialogue continu où les retours d’expérience nourrissent l’innovation et permettent de construire un succès durable, ensemble.

Dans quelle mesure les gestionnaires de fortune locaux sont-ils préparés à faire face aux pressions réglementaires et aux contraintes sur les marges aujourd’hui ?

Le niveau de préparation varie fortement selon les acteurs. Les gestionnaires les plus avancés investissent activement dans la conformité et les technologies afin d’anticiper les exigences réglementaires croissantes. En revanche, les structures plus petites peinent à absorber la hausse des coûts liés aux licences, aux audits fréquents et à la complexité normative, ce qui met leur modèle économique sous tension.

Face à ces défis, développer en interne des solutions robustes devient de plus en plus onéreux. Beaucoup ont donc recours à des institutions financières stables ou à des prestataires spécialisés pour des fonctions critiques telles que la structuration transfrontalière, l’accompagnement réglementaire ou l’onboarding clients.

Dans cet environnement concurrentiel où les marges se compriment, seuls perdurent ceux capables d’apporter une véritable valeur ajoutée, notamment grâce à un conseil stratégique, un accompagnement personnalisé et une expertise distincte.

« Un partenariat réussi repose sur une philosophie commune : mettre le client au centre, guidé par des valeurs telles que l’indépendance, la performance et la confiance de long terme – sans compromis. »

Selon vous, quelle innovation ou transformation dans la prestation de services a eu le plus grand impact sur les relations avec les gestionnaires de fortune ces dernières années ?

L’intelligence artificielle (IA) fait dorénavant partie intégrante de l’équation. Les banques, et les EAMs, qui l’intègreront rapidement et intelligemment auront un avantage concurrentiel certain. J’observe déjà son effet dans plusieurs domaines, tels que par exemple l’onboarding (KYC, compliance), la compréhension des besoins de clients (analyse des besoins des clients, propositions d’investissement ciblées), et la personnalisation à grande échelle  (la possibilité de fournir un service vraiment personnalisé, sans augmenter les coûts opérationnels).

Un autre aspect en transformation est l’importance de la connectivité qui s’est imposée comme une norme opérationnelle. Des interfaces numériques intégrées facilitent désormais la transparence, l’efficacité des processus et le reporting automatisé.

Finalement, l’accès à des prestataires de solutions financières sophistiquées (par exemple de marchés privés ou solutions alternatives) devient capital : Outre l’allocation d’actifs classique, la possibilité pour les EAMs d’offrir des solutions innovantes et « niche » permet une véritable différentiation envers leurs clients.  

Nous sommes au tout début d’une transformation majeure du secteur, emportée par l’IA et la technologie : Les EAMs qui anticipent ce tournant en s’entourant des bons partenaires pourront en tirer leur épingle du jeu.

Comparé aux autres régions, quelles caractéristiques distinctives définissent le paysage des gestionnaires de fortune en Suisse romande ?

Genève et la région lémanique constituent un écosystème unique : un maillage dense de gestionnaires de fortune et de gestionnaires d’actifs entrepreneuriaux, dont les clientèles sont profondément internationales et généralement multigénérationnelles. Ces acteurs entretiennent des relations privilégiées avec des clients originaires d’Europe, du Moyen-Orient, d’Amérique latine, et de plus en plus des Émirats arabes unis, où certaines structures offshore sont mises en place.

Ils incarnent une véritable passerelle entre continents, reliant la stabilité helvétique aux centres émergents de création de richesse. Cette position stratégique impose à la banque une double exigence : une compétence internationale pointue et une compréhension fine des marchés locaux.

Les attentes portent à la fois sur la qualité des solutions d’investissement et la fiabilité des processus.

Avec un tel niveau d’exigence, la sélection des partenaires est extrêmement rigoureuse. Ces conseillers attendent à la fois des solutions d’investissement innovantes et une exécution opérationnelle irréprochable.

« L’humain n’est pas menacé par la technologie : il est amplifié par elle, soutenu par l’IA, enrichi par les données, mais toujours au cœur de la relation. »
LGT Michel Yigit

Questions adressées à Michel Yigit
Head of External Asset Managers Switzerland and member of the Executive Board, LGT Bank Switzerland

Un partenaire solide pour l'avenir

Entreprise familiale internationale dirigée par ses actionnaires, LGT accompagne les gérants de fortune depuis 30 ans. Michel Yigit, responsable des gestionnaires de fortune en Suisse et membre du comité exécutif de LGT Bank Schweiz AG, souligne que l'activité doit se développer durablement, grâce à des prestations de qualité. Nous avons recueilli ses propos.

Monsieur Yigit, quel bilan tirez-vous de la collaboration entre LGT et les gestionnaires de fortune (EAM) ces derniers mois ?

Dans l'environnement actuel, il est indispensable de rester vigilant. Nous mettons tout en œuvre pour demeurer un partenaire solide auprès des gestionnaires de fortune, en renforçant continuellement notre offre et nos services.

Chez LGT, la valeur ajoutée est principalement générée là où la technologie se combine avec le savoir-faire humain. À cet égard, LGT renforce sa position depuis qu'elle a choisi d'être à la pointe de la numérisation, notamment par la création d'un Pôle Digitale à Barcelone en 2023 et le recrutement de plus de 20 spécialistes en IA.

Outre les considérations techniques, les derniers mois ont indéniablement démontré que l'implication individuelle et les compétences de nos collaborateurs sont déterminantes pour accroître l'attractivité de notre offre. Nous privilégions une proximité et des échanges approfondis afin d'exploiter pleinement nos multiples compétences pour les gestionnaires de fortune.

Pouvez-vous illustrer votre expertise par des exemples concrets ?

Un atout majeur provient de notre propriétaire, la famille princière du Liechtenstein, dotée d'une longue tradition entrepreneuriale qui façonne l'esprit de LGT depuis plus d'un siècle. Cette culture d'entreprise encourage une vision long terme et un partenariat équilibré avec nos clients, favorisant une croissance mutuelle plutôt qu'une simple transaction.

Outre la dimension culturelle, notre propriétaire a également intégré des éléments essentiels à notre approche. Dès les années 1990, elle a investi une part importante de ses actifs sur les marchés privés. Notre expertise et notre offre dans ce secteur n'ont cessé de progresser depuis.

Aujourd'hui, nos clients ont la possibilité d'investir dans des actifs en suivant la même stratégie que celle adoptée par notre propriétaire, ce qui garantit que les deux parties poursuivent des objectifs d'investissement similaires. Nous proposons régulièrement cette architecture, ainsi que des alternatives sur les marchés privés, au travers d'échanges directs avec les gestionnaires. Cette approche permet de transmettre les spécificités et opportunités de cette catégorie d'actifs tout en recueillant des retours immédiats.

Dans le cadre de notre offre « Private Label Funds » (via notre plateforme au Liechtenstein), nous apportons un soutien similaire en intégrant l'expertise de nos spécialistes. Grâce à un échange étroit avec les gestionnaires de fortune, nous développons ainsi des solutions de fonds sur mesure, mises en œuvre au mieux des intérêts de leurs initiateurs – depuis le nom du fonds jusqu'à la stratégie d'investissement. Ces solutions peuvent déployer tout leur potentiel, en particulier dans le contexte central de la transmission de patrimoine ou de la NextGen.

« Nous recherchons activement à instaurer une proximité et un dialogue approfondi afin de mettre à disposition des gestionnaires de fortune l'ensemble de nos compétences. »

Quelles avancées avez-vous apportées en matière de numérisation ?

L'échange de données occupe une place centrale dans notre modèle de service avec nos gestionnaires de fortune. Beaucoup de nos partenaires utilisent notre solution performante, LGT SmartBanking Pro. Les gestionnaires de fortune disposant de leur propre système informatique de gestion des ordres peuvent également se connecter directement à notre infrastructure de trading grâce à des interfaces sophistiquées. Nous acceptons, par exemple, des ordres sur des actions, obligations, fonds d'investissement, ainsi que sur des options, contrats à terme et devises, le tout de façon entièrement électronique et automatisée, y compris les confirmations et les écritures comptables. Ce système améliore l'efficacité et réduit nettement les risques liés aux processus. En particulier lors de périodes de forte volatilité, la rapidité et la fiabilité apportées sont essentielles.

De plus, LGT SmartBanking Pro propose désormais des évaluations de portefeuilles quasiment en temps réel, permettant un suivi précis des performances, y compris pour les portefeuilles complexes. Ces évolutions témoignent de l'amélioration constante de nos outils et services à destination des gestionnaires de fortune, fruit de nos efforts d'innovation.

« Notre famille propriétaire a géré la question de la succession avec succès sur 26 générations. »

Vous avez récemment évoqué la philanthropie dans vos discussions avec les gestionnaires de fortune. Pourquoi aborder ce thème ?

On estime qu'en 2026, les successions en Suisse atteindront 100 milliards de francs suisses, un niveau sans précédent, et cette croissance devrait se poursuivre. Dans ce contexte, il est essentiel que les banques et les gestionnaires de fortune envisagent de nouvelles approches pour répondre aux attentes des futurs détenteurs de patrimoine. Selon notre expérience, la philanthropie représente une opportunité stratégique. Elle permet d'instaurer un dialogue constructif au sein des familles autour des valeurs, du patrimoine et de la transmission. Les parties prenantes qui participent activement à ces échanges se positionnent également comme des partenaires fiables aux yeux de la prochaine génération en matière de gestion de fortune.

La famille princière et actionnaire de la banque LGT a su gérer avec succès la question de la succession sur 26 générations. Cet exemple est une source d'inspiration majeure pour nous, collaborateurs. Par ailleurs, nous approfondissons nos compétences dans ce domaine grâce à des formations spécifiques. Récemment, notre équipe dédiée à la philanthropie s'est focalisée sur la thématique dite NextGen. Nous avons par ailleurs partagé les avancées récentes de ce projet avec les gestionnaires de fortune lors de plusieurs événements.

Nous sommes attachés au partage de connaissances, qu'il s'agisse d'intelligence artificielle ou de philanthropie. Les retours positifs reçus témoignent de la valeur de ces initiatives. Nous souhaitons ainsi entretenir une relation ouverte, allant au-delà des prestations classiques. Ce partenariat renforcé nous permet, ensemble, de gagner en performance.

Laurent Pellet, Simon Ganière

Un texte de
Laurent Pellet, Limited Partner, Global Head of EAM, Banque Lombard Odier & Cie SA  et
Simon Ganière, Chief Information Security Officer, Banque Lombard Odier & Cie SA 

Mission (Cyber) Impossible ? Sécuriser la gestion de fortune en Suisse

La digitalisation croissante des activités financières a profondément transformé le métier de gestionnaire de fortune (EAMs ou GF en français) en Suisse. Si elle permet une plus grande efficacité opérationnelle et une meilleure expérience client, elle expose également les acteurs du secteur à des risques cyber de plus en plus sophistiqués. Dans un pays reconnu mondialement pour la stabilité et la confidentialité de son secteur financier, les cyberattaques constituent désormais l’une des principales menaces opérationnelles et réputationnelles pour les GF.

Pourquoi les EAMs sont des cibles privilégiées

Les gestionnaires de fortune détiennent et traitent des données extrêmement sensibles :

  • informations patrimoniales et financières détaillées,

  • données personnelles des clients,

  • documents contractuels, juridiques et fiscaux,

  • accès à des plateformes bancaires ou de trading.

Contrairement aux banques, les GF disposent souvent de ressources informatiques et de cybersécurité plus limitées, tout en opérant dans un environnement fortement réglementé (LSFin, LEFin, circulaires FINMA et sans oublier la nLPD). Cette combinaison en fait des cibles attractives pour les cybercriminels, qui recherchent un maximum de valeur avec un niveau de protection parfois plus hétérogène.

« Dans un environnement où la confiance est l’actif principal, la cybersécurité devient une condition indispensable à la pérennité des gestionnaires de fortune. » Laurent Pellet

Quand les attaques dépassent la vitesse des décisions

Les risques cyber ne cessent d’évoluer, et si leur nature demeure, la vitesse croissante d’exécution des attaques constitue le principal facteur de vulnérabilité. Les intrusions se déroulent désormais si rapidement que la plupart des organisations n’ont même pas le temps de comprendre ce qui se passe avant que les attaquants ne soient déjà plusieurs étapes plus loin. Les analyses récentes de CrowdStrike le montrent clairement : une fois qu’un attaquant obtient un premier accès, le temps nécessaire avant qu’il ne commence à progresser dans l’environnement est tombé sous la demi-heure, et dans certains cas à moins de trente secondes.

Le plus inquiétant, c’est que les attaques modernes ne ressemblent plus à des attaques. Elles imitent le fonctionnement normal d’une entreprise : e-mails qui semblent provenir d’un client, connexions qui paraissent légitimes, activité cloud qui ressemble à celle d’un projet interne.

L’IA participe activement à cette évolution. Les attaquants produisent des messages parfaitement rédigés, des imitations vocales crédibles et des demandes d’action adaptées à chaque interlocuteur.

Les services cloud subissent également une pression croissante. CrowdStrike observe une hausse de 37 % des intrusions ciblant le cloud. Pour des entreprises construites sur des PMS, des CRM, des plateformes de reporting ou des portails clients, c’est un risque qui touche directement la continuité d’activité.

Pourquoi des fondations solides comptent plus que jamais

Face à des attaques toujours plus rapides, l’instinct est de vouloir répondre avec des technologies toujours plus avancées. Mais la plupart des brèches ne commencent pas par une faille technique ; elles commencent très souvent par une confiance mal placée : un e-mail crédible, une voix familière, une demande qui arrive à un moment de vulnérabilité.

Avec des contenus générés par l’IA quasiment indiscernables du réel, les anciens signaux d’alerte ne suffisent plus. Des voix truquées ont déjà permis des transferts frauduleux, des e-mails imitent parfaitement le ton d’un client. Dans ce contexte, la défense la plus fiable reste la plus simple : vérifier. Prendre un moment, contrôler par un autre canal, poser une question. Cette routine, aussi banale soit-elle, évite les incidents les plus coûteux.

Les organisations modernes reposent sur une toile de dépendances : prestataires cloud, dépositaires, fournisseurs de logiciels spécialisés, ce qui étend aussi la surface d’attaque. Un prestataire qui corrige lentement ses systèmes ou qui manque de transparence en cas d’incident devient un point d’entrée involontaire. Aujourd’hui, maîtriser les bases signifie aussi connaître les pratiques de sécurité de ses partenaires – et leur rapidité de réaction.

À l’intérieur de l’entreprise, la simplicité est une défense. Des rôles clairs, des droits d’accès adaptés, des systèmes épurés créent moins de zones où un attaquant peut se cacher. La complexité, elle, devient un terrain fertile pour l’erreur.

Enfin, il y a la résilience. Lorsque les attaques se déroulent en minutes, improviser devient dangereux. Les équipes qui ont répété des scénarios de crise, clarifié les responsabilités et mis en place des plans d’action sont celles qui gèrent le mieux les situations chaotiques.

Ces fondations fonctionnent car elles répondent aux leviers des attaquants : vitesse, confiance et interconnexion.

« Quand les attaques se jouent en minutes, la technologie seule ne suffit plus. La résilience vient de la préparation, de la clarté des rôles et de la capacité à répondre à un incident. » Simon Ganière

Conséquences pour les gestionnaires de fortune suisses

Pour les gestionnaires de fortune suisses, cette évolution se superpose directement à la réalité de leur modèle opérationnel. Les EAMs sont essentiels à l’écosystème, mais fonctionnent avec des équipes réduites, des ressources IT limitées et une mosaïque de plateformes externes. Dans les résultats de l’étude, VSV-ASG Technology Radar 2024 on observe que la plupart des entreprises s’appuient sur un mélange de fournisseurs – chacun avec ses forces, ses limites et ses pratiques de sécurité.

Dans ce paysage, un point devient critique : les EAMs utilisent un ensemble d’outils fortement fragmentés, notamment les PMS, CRM et solutions de reporting. Le Technology Radar met en évidence un marché comptant une vingtaine de solutions différentes, chacune avec son propre modèle de données, ses interfaces et son niveau de maturité. Cette hétérogénéité crée des angles morts : flux complexes, authentifications incohérentes, intégrations fragiles – autant de zones que les attaquants peuvent exploiter, parfois sans laisser de trace apparente.

L’ingénierie sociale frappe aussi plus fort dans ce secteur. Un métier fondé sur la confiance implique des échanges constants ; les attaquants l’ont compris et imitent désormais les personnes et les institutions les plus familières. Une voix ressemblant parfaitement à celle d’un client, un e-mail similaire à ceux d’un dépositaire : ce sont aujourd’hui des menaces réalistes.

La réponse ne consiste pas à construire un service cyber digne d’une grande banque. Elle réside dans une discipline opérationnelle solide, alignée sur les fondamentaux :

  • La vérification devient un réflexe quotidien.

  • Les accès restent simples et proportionnés.

  • Les prestataires sont considérés comme faisant partie intégrante de la surface de risque.

  • La préparation devient une habitude, pas une formalité annuelle.

Au final, pour les gestionnaires de fortune, le risque cyber n’est plus une question de parefeu, mais de résilience organisationnelle.

Dans un environnement où les attaques reposent sur la vitesse et l’imitation, les entreprises qui renforcent leurs fondations – techniquement, culturellement et opérationnellement – seront celles qui préserveront durablement la confiance de leurs clients.

Andreas Moser

Un entretien avec Andreas Moser
Andreas Moser est responsable chez UBS Global FIM des activités avec les gestionnaires de fortune pour la Suisse alémanique. Avec 27 années passées chez UBS, dont 18 à collaborer avec des gestionnaires de fortune, il est considéré comme un connaisseur avéré du marché suisse des GF.

Monsieur Moser, qu'est-ce qui caractérise le marché suisse des gestionnaires de fortune ?

Le marché suisse des gestionnaires de fortune est à la fois dynamique, en pleine croissance et très fragmenté. Les exigences réglementaires, la pression constante sur les coûts et les marges ainsi que l’évolution technologique comptent parmi les principaux défis. L’étude « Les gestionnaires de fortune indépendants en Suisse en 2026 »* confirme cette évaluation et montre également qu'une grande partie des personnes interrogées considère la consolidation comme un sujet majeur.

De plus, la situation est aggravée par le fait que la succession n’est souvent pas suffisamment réglée : 58 % des entreprises ne l’ont que partiellement ou pas du tout définie. Dans le contexte du « Great Wealth Transfer » à venir, qui verra des actifs considérables passer de la génération des baby-boomers à celle des millennials et de la génération Z, cette question gagnera encore en importance.

Indépendamment des changements structurels et générationnels, la recette du succès des gestionnaires de fortune réside toujours dans le suivi personnel, à long terme et indépendant, porté par une philosophie d’investissement claire, axée sur la constitution d’un patrimoine à long terme.

Vous avez rédigé une thèse en 2025 sur la viabilité des gestionnaires de fortune. Quelle est votre principale conclusion ?

La conclusion centrale de ma thèse est claire : les gestionnaires de fortune doivent affiner leur profil stratégique. Il est essentiel de définir consciemment les segments de clientèle, les marchés et les thèmes que l’on dessert et également ce qui ne fait pas partie de l’offre. C’est la seule façon d’attirer et de fidéliser durablement les clients, les collaborateurs et les partenaires.

Dans un environnement marqué par la numérisation, la réglementation et le changement de génération, il est en outre indispensable de faire régulièrement le point sur la stratégie. La confiance et les recommandations sont générées à partir de la qualité, de la constance, de l’indépendance et de la communication transparente, le fondement du succès à long terme.

En principe, on peut distinguer trois types de gestionnaires :

  • les Independent Wealth Managers, qui proposent des services de private banking classiques à une clientèle fortunée ;

  • les Multi Family Offices, qui accompagnent les familles fortunées de manière globale, par exemple dans les domaines de la succession, de la fiscalité, des placements alternatifs et de la philanthropie ;

  • les Asset Managers qui s’occupent de clients institutionnels avec des processus structurés et une gestion professionnelle des risques, souvent par le biais de solutions de fonds.

De plus en plus, des modèles hybrides combinant plusieurs de ces approches voient également le jour.

« Le succès à long terme naît là où le partenariat, la qualité et l'esprit d'entreprise sont systématiquement associés. »

Comment UBS Global FIM veut-elle être perçue sur le marché ?

UBS Global FIM se veut un partenaire stratégique des gestionnaires de fortune, avec une collaboration d’égal à égal, une plateforme technologique performante et une offre de services globalement intégrée qui permet une mise à l’échelle à long terme. Nos équipes d’encadrement et nos experts accompagnent la clientèle de manière personnelle, compétente et efficace, aujourd’hui comme demain.

Comment UBS Global FIM soutient-elle les gestionnaires de fortune sur le plan technologique ?

Grâce à des interfaces modernes API et des outils UBS innovants, nous aidons les gestionnaires de fortune à optimiser leurs processus internes, à répondre efficacement aux exigences réglementaires et à créer de la valeur ajoutée pour les clients finaux, par exemple grâce à l’onboarding numérique des clients ou aux solutions Open Banking.

Des études montrent que les gestionnaires de fortune attendent de plus en plus de leurs banques dépositaires des solutions numériques, intégrées et évolutives. Dans ce contexte, UBS se différencie par une offre de services globale et innovante, par l’excellence technologique et par un accompagnement en partenariat.

Qu'est-ce qui fait pour vous le succès d'une collaboration ?

De mon point de vue, trois facteurs sont décisifs : une collaboration partenariale avec une valeur ajoutée clairement démontrée, une qualité de service maximale et des solutions pragmatiques et orientées vers la mise en œuvre. Notre ambition se résume en une phrase : «We form winning partnerships».

Pour en savoir plus sur le rôle de la technologie et les offres d’UBS Global Financial Intermediaries, regardez cette vidéo ou visitez la page d’accueil.

* L'étude « Independent Asset Managers in Switzerland 2026 » par FIN21/Chris Künzle

Manon Duez

Un texte de Manon Duez, CFA, Senior Sales Executive, Vanguard Investments Switzerland GmbH

Des principes de gestion solides dans un environnement de marché volatile

Une stratégie adaptée aux besoins du client est la condition sine qua non du succès des gestionnaires de fortune. Une fois celle-ci définie dans ses grandes lignes, elle fonctionne également dans différentes configurations de marché, sans qu'il soit nécessaire de procéder à des ajustements majeurs. C'est ce que montre la dernière enquête menée par la Haute école de Lucerne (HSLU) et Vanguard auprès des gestionnaires de fortune. Une centaine de gestionnaires ont participé à cette enquête, soutenue par l'ASG, qui s'est déroulée entre fin février et fin mars 2026. Les résultats fournissent un éclairage précieux sur les opinions et les positionnements des gestionnaires de fortune.

Au cours du premier trimestre, l'incertitude s'est accrue sur les marchés financiers mondiaux et a engendré une baisse de confiance des investisseurs. Les gestionnaires de fortune suisse ne se sont toutefois pas laissé impressionner et ont globalement maintenu les stratégies convenues avec leurs clients. Quelques indications sur le positionnement : ils conservent une surpondération des actions suisses et européennes, ce qui reflète clairement le « biais domestique » des clients domiciliés soit en Suisse, soit dans un autre pays européen. La part des actions américaines a été réduite, tandis que celle des actions des marchés émergents a légèrement augmenté. Dans l'ensemble, ils ont sous-pondéré les obligations au premier trimestre. La réduction a concerné la plupart des segments, à l'exception des obligations des marchés émergents.

Allocation d’actifs stratégique : principal moteur de performance

Comme les années précédentes, les gestionnaires de fortune ont été interrogés sur les trois stratégies les plus importantes pour générer de la valeur ajoutée dans les portefeuilles. Une fois de plus, ils ont souligné l'importance de l'allocation d’actifs stratégique (SAA) en tant que source centrale d'alpha. Pour 77 % d’entre eux, la SAA figure parmi les trois principaux moteurs de performance. La sélection de titres, qu’il s’agisse d’actions ou d’obligations, arrive en deuxième position de ce classement. Cela souligne l’importance des connaissances et des compétences au niveau des titres. 51 % des personnes interrogées ont désigné cette stratégie comme l’une des trois principales. Viennent ensuite, loin derrière en termes d’importance en tant que sources d’alpha, l’orientation des portefeuilles vers certaines régions ou certains secteurs, les investissements thématiques, le rééquilibrage ainsi que le dialogue avec les clients pendant les phases de turbulence des marchés. Les gérants de fortune accordent en revanche moins d’importance aux stratégies de couverture et au market timing en termes de surperformance (figure 1).

uelles stratégies utilisez-vous pour générer de l'alpha dans vos portefeuilles ?
Exemple : pour 77 % des gestionnaires de fortune, l'allocation d'actifs stratégique figure parmi les trois principales stratégies permettant de générer de l'alpha.
« Quelle que soit la conjoncture de marché, l'allocation d'actifs stratégique est de loin la principale source d'alpha pour les gestionnaires de fortune suisse. »

Les investissements directs en actions suisses sont le choix N°1

En ce qui concerne la mise en œuvre des stratégies, les préférences des gestionnaires de fortune suisse n’ont guère évolué par rapport à l’année précédente. La majorité d’entre eux investit dans des titres individuels parmi les actions suisses ainsi que dans la plupart des segments obligataires. La situation est différente pour les actions des marchés émergents ainsi que pour les actions de la région Asie-Pacifique, y compris le Japon. Dans ce cas, ils privilégient clairement les fonds et les ETF. Une tendance similaire s’observe pour les obligations, où les fonds et les ETF restent les instruments les plus prisés pour les obligations des marchés émergents, les obligations à haut rendement et les obligations d’entreprises américaines.

Lorsque les portefeuilles sont constitués de fonds, les produits passifs sont privilégiés par rapport aux produits actifs. À quelques exceptions près, c'est le cas pour la plupart des classes d'actifs. Parmi les gestionnaires de fortune qui mettent en œuvre des stratégies passives, les ETF constituent l'instrument le plus important pour les actions. Dans le domaine des investissement obligataires, la proportion de gestionnaires de fortune combinant ETF et fonds indiciels a augmenté par rapport à l’année précédente.

Une grande expertise en actions et obligations

Les gestionnaires de fortune ont également été interrogés sur leurs compétences dans les différentes classes d'actifs. Une majorité écrasante, à savoir 92 %, s'attribue un niveau de compétence élevé ou très élevé en matière d'actions. En ce qui concerne les obligations, 82 % des sondés estiment avoir un niveau de compétence élevé ou très élevé, et pour les stratégies multi-actifs, une compétence essentielle de nombreux gestionnaires de fortune suisses, 81 % partagent cet avis. En ce qui concerne les investissements alternatifs, un peu plus de la moitié (54 %) s’attribuent un niveau de compétence élevé, tandis que 30 % des participants à l’enquête disposent d’une grande ou très grande compétence en matière d’investissements durables/ESG (Graphique 2).

Évaluez vos compétences dans les domaines d'investissement suivants
Exemple : 92 % des gestionnaires de fortune jugent leur niveau de compétence en matière d'investissements en actions élevé ou très élevé.

Conclusion : les gestionnaires de fortune suisse gardent le cap, quelle que soit la conjoncture du marché. Ils continuent de se concentrer sur l'allocation d'actifs stratégique et l'horizon d'investissement à long-terme.